La vision systémique ancestrale

Qu'est ce que le chamanisme ?

Du point de vue des anthropologues, le terme « chamanisme » désigne la façon dont les différents peuples collaborent avec le Vivant, dans la nature, pour assurer leur survie et leur développement et pour nourrir les interactions sociales dans leur communauté.

Dans la vision chamanique ancienne, tout est infusé par une conscience nommée « esprit » qui interagit avec l’environnement et avec son intelligence pour favoriser une meilleure organisation collective et l’équilibre de tous les systèmes. Les peuples premiers avaient l'habitude de s’adresser non seulement à la Nature, partie visible du Vivant, mais aussi à sa dimension invisible, c’est-à-dire à son esprit.

Le mystère et la magie du développement de la vie à travers la nature ont toujours intrigué l'être humain ; conscient que sa vie et son développement dépendaient de l’interdépendance des liens entre tout, il se sentait faire partie de ce Grand Tout.

Dans le chamanisme, pourquoi se connecte-t-on à la nature ?

Dans la vision chamanique, la nature a toujours eu une place importante : l’homme était conscient qu’elle est animée, comme lui-même, d’une certaine intelligence et il avait cette conviction vécue, que la terre et la nature nous nourrissent et nous portent d’autant mieux que nous sommes en accord avec elles.

De plus, la nature représente la famille élargie : la terre est notre grand-mère, le soleil est notre grand-père, les plantes nourricières sont nos sœurs ; c'est une réalité tangible puisque nous respirons tous les jours de l'oxygène qui est exhalé par les plantes.

Grâce à cette conscience et à sa collaboration avec le vivant, l'être humain, en résonnance avec l’environnement autour de lui peut alors révéler sa propre nature…une marche dans la forêt permet une communication avec la vie autour de soi et peut ainsi apporter une forme de guérison. L'immersion dans la nature permet aussi de recevoir des messages ou des indications par rapport à des difficultés rencontrées au quotidien pour notre santé, ou pour notre organisation de vie... Nous sommes enseignés par la nature : elle nous aide à évoluer, elle nous révèle et nous soigne, elle est donc essentielle à notre devenir.

Il semble que l’on souffre aujourd’hui de déconnexion, tu parles de dissociation : tu peux nous expliquer ?

Dans cette vision tout est interrelié par une grande toile intelligente. Cette interrelation est maintenant reconnue et révélée par la physique quantique : une action qui est accomplie à distance a un impact sur le champ invisible collectif ; il est par conséquent nécessaire de nourrir ces liens pour qu'ils soient actifs et opérationnels de manière positive… comparativement à une fréquence radio, si vous n’appuyez pas sur le bouton de mise en marche pour l’activer et que vous n’écoutez pas, alors vous ne percevrez pas sa présence.

Et donc si on n’est pas conscient de ces liens ou si on s'en éloigne, cela crée une forme de dissociation, non seulement avec le monde extérieur mais aussi- en miroir- avec des fonctions corporelles à l'intérieur de nous. En tant qu’être humain, on fait partie de cette toile intelligente … mes organes, ma physiologie, mon métabolisme reflètent aussi la qualité de tous ces liens avec l’environnement, qu'ils soient actifs ou pas. Si on s’en déconnecte, on ne va pas nourrir certaines fonctions ni dans notre propre corps, ni dans notre mode relationnel, ni dans notre fonctionnement de vie. Ces dissociations vont alors générer des désordres organiques et psychiques : - dépression, perte de sens, maladies auto-immunes- et des problèmes sociétaux comme les abus d’autorité, des dysfonctionnements dans la communication et dans la gestion de l’énergie, mais aussi des perturbations écologiques.

Cette dissociation a été grandement favorisée dans notre passé par l’Inquisition : il était à cette époque interdit, sous peine de mort, d'être en lien avec la nature et avec cette intelligence de l’invisible et de ses ressources.

Aujourd’hui, la société de consommation nous pousse à oublier les liens naturels avec la grande Toile du Vivant, dès lors, cette dissociation s’auto-alimente. Nous sommes actuellement à un tournant, marqué par le besoin de nous reconnecter avec l'esprit du vivant autour de nous et avec ses richesses comme avec notre propre bon sens.

Pour réparer cette dissociation, l’humain a une capacité merveilleuse, celle d’activer des liens par sa présence attentive, par sa conscience et par son intention, en vue de recréer la communication non seulement avec le vivant, mais aussi avec son propre espace intérieur.

Les prières faites sur l’eau en sont un exemple : le chercheur Masaru Emoto a démontré que les cristaux d'eau gelée changent de structure selon la conscience et l'intention placées sur cette eau. Il en est de même pour tous les liens oubliés qui peuvent être réactivés …
le câblage à l'intérieur de notre cerveau est toujours opérant et dans notre corps,
l'intelligence instinctive reste disponible, il suffit de la réveiller.

Comment se reconnecte t’-on à la nature ?

Par la capacité magique naturelle de notre conscience : c’est-à-dire par notre intention et par notre motivation à écouter la nature…cela va créer une sorte de canal ouvert à l’environnement : donc simplement, -comme le font les peuples premiers- notre observation et notre présence vont produire une résonance à l'intérieur de nous… exactement comme lorsqu’on fait de la cohérence cardiaque et que cela harmonise les autres rythmes cardiaques autour de nous.

La transe ou le voyage chamanique constituent une autre façon de communiquer avec la nature. Ainsi, on peut, en étant en état de conscience élargi, communiquer véritablement avec les esprits de la nature, par exemple en étant présent suffisamment longtemps dans la nature avec une intention comme on le fait lors des quêtes de vision.

Qu'est ce que la vision chamanique peut nous enseigner ?

Cette vision globale chamanique offre une autre lecture des phénomènes sociaux et culturels : elle accorde en-effet une attention spéciale aux dysfonctionnements et repère les liens qui ont été coupés dans cette toile respirante du Vivant : connaissances oubliées, principes vitaux non respectés… Par exemple les peuples premiers adoptaient cette démarche pour diagnostiquer les causes des déséquilibres physiques, personnels ou collectifs, ainsi que l’origine d'une absence de récolte. Ainsi, ils se posaient cette question : qu’est ce qui n’a pas été intégré, honoré, nourri dans ces liens à la toile de la vie ?

Dans l’histoire collective, dès qu’une civilisation se distancie, pour une raison ou pour une autre, de ses racines culturelles, traditionnelles ou spirituelles en lien avec la nature, on voit émerger des dysharmonies dans les groupes sociaux : pertes de sens, abus de pouvoir…

En-effet, quand l’humain n’investit plus son pouvoir naturel et n’occupe plus sa place au sein de la nature, apparaissent des comportements déviants : l’exemple de la coca, une plante initiatique d’Amérique du Sud, l’illustre assez bien : cette plante qui était au service d’une méthode sacrée de guérison, utilisée par les guérisseurs de l'époque, a été détournée de son usage premier ; car aujourd’hui la plante de coca, au lieu d’être dévolue au soin, est devenue une substance toxique et addictive sur laquelle l’autorité a été récupérée par les cartels de la drogue.

Ainsi, quant un peuple perd ses racines, les conséquences de la dissociation d’avec la nature peuvent se répandre plus loin que l’on peut le penser et pénétrer toutes les strates de la vie en société.

Quel est le regard chamanique sur les maladies engendrées par ces dissociations ?

Plus le lien avec la nature se distend, plus le lien avec notre propre nature se distend aussi. Aujourd’hui, cela génère des maladies auto-immunes.

C'est notre nature en tant qu'être humain de nous développer au sein du vivant, de révéler nos talents et de contribuer à l’harmonie autour de nous. Or la société actuelle nous coupe de la réalité naturelle : on vit alors comme une plante hors sol enfermée dans une serre et, dans notre métabolisme, certaines fonctions perdent leurs liens avec notre nature saine. Ces liens représentent les défenses immunitaires qui veillent normalement à la cohésion avec notre identité, notre nature profonde. Si nous nous coupons de cette dernière, alors nos défenses immunitaires ne nous reconnaissent plus et elles commencent à lutter contre ce corps qui ne ressemble plus à qui on est vraiment.

L’objectif des soins chamaniques est de réparer ces liens naturels et de retrouver les principes manquants à intégrer ; puisqu’il y a cette distanciation entre le corps et sa pathologie et les cellules souches de la personne (cellules de la moelle osseuse, du thymus, etc.), celles-ci doivent être réactivées. Pour y parvenir, on se relie aux ressources naturelles et on sort notre conscience de l’oubli ; on se souvient alors de sa propre nature et on s’y réinstalle.

La dissociation est un phénomène individuel ou collectif qui produit parfois du chaos comme des épidémies ou les catastrophes naturelles. De même les comportements humains qui entrainent la pollution de l’air et de l’eau aggravent les terrains propices aux maladies et séparent encore davantage du Vivant.

Comment recréer les liens, les points de ré-enracinement ? Les lieux de vie sont-ils importants dans ton enseignement, peux tu nous en dire plus ?

Effectivement, il est important que l’on puisse investir pleinement le lieu où l’on vit. C'est d’ailleurs le premier point dans la vision chamanique : comment j’habite l’endroit où je suis, comment je peux recréer un lien sain avec la terre de mon lieu de vie. En termes chamaniques, on parle du retour à la matrice de vie naturelle : c’est ce lien avec notre Mère, avec notre Grand-Mère, avec la terre de chez nous. Il est essentiel que l'on puisse retisser ces liens en étant attentif à la terre, en la nourrissant, en lui donnant des offrandes ou en la décorant : autant de façons de l’accueillir et de l’honorer pour se mettre en résonance avec elle et avec la nature environnante.

A titre d’exemple, la présence de grands arbres, très anciens, va réveiller en soi cette capacité d’être présent, de s'enraciner et de se déployer à nouveau. Nourrir ces liens, c'est aussi une façon de se sentir à sa place dans la vie en général, de se sentir légitime et de pouvoir mieux concrétiser des projets de façon durable. Ces liens se tissent depuis la terre de notre lieu de vie ; notre corps est nourri par ces échanges et en retour il contribue à la richesse de la terre.

Tu veux dire que le corps c’est notre terre à nous ?

La première terre pour notre conscience, pour notre âme, c'est notre corps. La deuxième terre c'est la matrice utérine de notre mère qui contient beaucoup de mémoires souvent abîmées ou des dissociations transmises depuis des générations ; pour l'inconscient, ce terreau crée la représentation qu’on a de la vie, or si celle ci est dissociée à ce moment-là, on va garder en soi cette information qui va filtrer notre perception de la réalité.

La façon dont on est accueilli à la naissance va également déterminer les repères de notre lien à la vie et à la terre. A partir de là, l'inconscient va répéter les schémas de comportement qui lui ont été montrés. Cependant, cette réalité n’est pas définitive car on peut tout à fait la réparer : il est toujours possible de réinvestir de nouveaux liens avec le vivant. On est câblé naturellement pour ça car on fait partie de la grande toile de la vie.

Tu parlais des problèmes systémiques de nos sociétés qui sont dissociées… le fait que chacun s'investisse dans un travail de reconnexion a t-il un effet sur le collectif ?

Tout à fait. C'est un cercle vertueux. La reconnexion est un mouvement naturel issu directement de la vie. Il n'y a rien à fabriquer, il faut juste la retrouver en s'appuyant sur l'intelligence active de la terre, de la nature et de la vie elle-même. Par résonance, ce mouvement va se démultiplier et plus on est nombreux à le faire, plus dans la mémoire collective, on va permettre une bascule. On a pu déjà l’observer dans certains champs collectifs : quand des singes, sur une île, parviennent à laver leur nourriture, au bout d'un certain temps, des singes présents sur une autre île et avec lesquels ils n’ont aucun lien vont le faire aussi. De même pour les humains : lorsqu’on est nombreux à se reconnecter au Vivant, cela crée un effet boule de neige qui revient dans la conscience collective.

Il est important de retrouver ce lien et l'autorité qui en découle avec ce sens premier : « être auteur de », « responsable de ». Il importe aussi de prendre conscience du pouvoir magique humain naturel que nous possédons. Nous n'avons pas besoin de devenir guérisseurs ou chamans pour cela. Il nous faut avant tout devenir un être humain en bonne santé, doué de ses capacités d'instinct et de collaboration avec la Vie. Il est urgent de se rendre compte que nous avons ce pouvoir et que nous seuls pouvons le réveiller. Si nous ne le faisons pas, des événements extérieurs, des autorités déviantes, des abus de pouvoir, nous montreront que notre pouvoir personnel n'est pas encore correctement investi et que nous leur laissons une place vacante.

Retrouver les liens avec le vivant est finalement quelque chose de simple. Pas besoin de devenir chaman pour cela?

Cette idée exotique du chamanisme fait partie du phénomène actuel des dissociations collectives : on croit que si l’on retrouve un peu d'instinct et des capteurs ouverts sur le vivant, alors on peut devenir chaman. Ceci n’est pas exact car la vision chamanique nous incite à développer l’harmonie là où l’on vit plutôt que d’utiliser des pratiques d’ailleurs.

Pour être qualifié de chaman et avant d’utiliser cette appellation, il serait bon de demander à des chamans de Sibérie comment on le devient. En général dans les cultures où ce lien au chamanisme est encore fort on trouve des personnes qui ont développé leurs capacités de porte-parole avec l'intelligence de la nature pour contribuer au bien-être de leur tribu ; pour autant, ils se proclament rarement chamans. C'est la tribu qui les reconnaît ainsi grâce à leurs actions et à leur médecine. L’idée n’est pas qu’on devienne tous « chamans » mais qu'on redevienne des êtres humains avec tous nos potentiels de communication et de collaboration avec le vivant.

Comment chacun d'entre nous peut concrètement recréer des liens au vivant ?

Pour nourrir ces liens ou pour prendre conscience de la dissociation et de quelles ressources on a besoin, on peut déjà, par exemple, créer un “espace de reliance » comme un autel sur lequel on représente les ressources de la nature, l'esprit de notre lieu de vie avec son intelligence et ses qualités, notre intention et notre âme. Puis on sent comment tous ces éléments sont reliés et s’ils s'harmonisent…on peut faire vivre cet autel en le modifiant et en l'enrichissant selon l’intention et les ressentis du moment.

Les constellations chamaniques sont autre manière de se relier, ce sont des formes de rituels de mise en représentation d'une situation que l'on souhaite soigner. Elles différent des constellations familiales classiques en incluant une vision plus large : en effet, dans la vision chamanique, on perçoit la Famille comme étant beaucoup plus vaste que celle identifiée de notre point de vue humain car elle inclut la nature, la terre dans toutes ses dimensions visibles et invisibles, ainsi que notre âme.

En constellation chamanique, pour comprendre une situation bloquée, on représente (avec d'autres personnes ou avec des objets) la terre, la vie, nos ancêtres, notre âme... et on inclut la ressource manquante dans l'ensemble du système. Cette ressource alliée permet de retrouver et nourrir la respiration vitale entre toutes les parties de l'ensemble, et de les réunifier autour d’une intention commune, dans une même direction.

"Quelle est la qualité que la nature vient m’enseigner ?
Quels sont les écrans, les blocages, les couches d'oublis qu'elle vient lever chez moi ?
Et comment je peux intégrer cette nouvelle ressource ?
Est-ce en la respirant, en me mettant en résonance avec elle ou en communiquant avec elle en voyage chamanique ?
Comment je peux transposer cela de façon concrète dans ma vie afin que la ressource s’intègre dans mon corps, dans ma mémoire pour réaliser mon intention ? »

On peut aussi faire ce rituel dans la nature en posant la question : que me manque-t-il ? Jusqu’à ce que l'on sente comment la nature nous interpelle, comment elle nous nourrit et quelles qualités elle vient nous enseigner.

Cette vision ancestrale et moderne à la fois nous permet de prendre pleinement notre place dans la vie et d'y contribuer en retour, retrouvant notre rôle de gardien collaborateur du Vivant.

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